Sécurité anti intrusion: La recrudescence de cambriolages pousse les Genevois à se blinder

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Cet article de la Tribune de Genève analyse la situation genevoise en matière de cambriolages. Retrouvez des statistiques effrayantes, ainsi que les solutions que les Genevois ont adoptées pour lutter contre le cambriolage.

800 effractions ont été recensées en janvier et près du double en décembre. La police relève une trentaine de tentatives quotidiennes. Un record depuis 2000.

Qui n’a pas un ami, un proche, ou un voisin ayant reçu la désagréable visite de cambrioleurs à son domicile? Des histoires rocambolesques parfois, mais qui au final deviennent d’une triste banalité.

Les chiffres l’attestent: depuis 2000 ils n’avaient jamais atteint de tels sommets; 800 effractions en janvier, plus d’une trentaine de tentatives de cambriolages par jour avec toujours ce sentiment d’impuissance de la victime.

Moins de dix minutes

«C’est inexplicable ce que l’on ressent lorsqu’on arrive, raconte une mère de famille dont l’appartement a littéralement été ravagé récemment. Ils ont tout sorti, cassé, arraché, dans toutes les pièces pour ne repartir qu’avec quelques dizaines de francs trouvés dans les tirelires des enfants.»

Le cas est extrême car les malfrats savent généralement ce qu’ils cherchent et où le trouver. Ils sont organisés, l’opération est minutée, et ils filent dès qu’ils ont trouvé quelque chose. «En moins de dix minutes le forfait est terminé», assure Patrick Pulh, porte-parole de la police genevoise. Certaines personnes n’hésitent d’ailleurs plus à laisser traîner un billet. «Je me dis que s’ils trouvent ces 200 francs, ils vont filer sans tout casser», note fataliste Sylvie dont les parents viennent d’être cambriolés.

Premières pièces généralement visitées: la chambre à coucher et la salle de bains, où se trouvent souvent des bijoux. «La plupart des vols ne concernent d’ailleurs que de l’argent et des bijoux, poursuit Patrick Pulh. Ils sont l’œuvre de gitans, souvent mineurs. Il n’y a souvent pas préméditation; c’est l’occasion qui fait le larron.» La méthodologie est simple. Ils sonnent et si personne ne répond ils entrent en fracturant la serrure ou par une fenêtre.

Mais certains cambriolages, de plus en plus nombreux, à en croire la police, sont l’œuvre de bandes plus organisées, venant notamment de Géorgie. «Ils opèrent avec des voitures et de manière plus musclée, relève Patrick Pulh. Et ils ramassent aussi le matériel informatique, par exemple.»

Séquelles et traumatismes

Se faire cambrioler n’est pourtant pas anodin. Nombreux sont ceux qui gardent longtemps les séquelles de ce qu’ils vont parfois jusqu’à comparer à un viol.

Et la plupart des victimes refusent de témoigner à visage découvert. «J’entendais souvent parler de personnes cambriolées, sans empathie, cela me paraissait banal, relève cette dynamique quadragénaire, récemment visitée durant son sommeil. Mais depuis que ça m’est arrivé, je ne dors plus. En voyant mes affaires retournées ce matin-là, je me suis sentie mal.»

Des récits parfois douloureux comme celui de cette jeune femme dont les parents restent traumatisés par un cambriolage, en plein après-midi de décembre. «Ils ont pris 20 ans, explique-t-elle. Ils ne sortent plus de chez eux, alors qu’à plus de 80 ans ils étaient encore alertes et pleins de projets.» Ou encore la réaction de cette gamine de 10 ans qui n’ose plus sortir de sa chambre la nuit après trois visites successives de cambrioleurs.

Ces vols domiciliaires bouleversent des vies et créent aussi un sentiment d’insécurité. A l’image de cette ado qui a couru acheter une batte de base-ball lorsqu’elle a appris le cambriolage de ses voisins. Ou cette petite fille de 12 ans qui, trouvant une porte ouverte et forcée dans sa maison, s’est saisie d’un couteau pour arpenter les pièces à la recherche de l’intrus. «Ça m’a secoué, assure la maman. Que se serait-il passé si elle s’était retrouvée nez à nez, armée d’une lame face à un cambrioleur?»

«Rester vigilant, mais éviter la psychose»

Que faire alors pour éviter la psychose? Pour Patrick Pulh, la meilleure prévention reste la vigilance et la coordination entre voisins. «Il ne faut néanmoins pas développer des milices dans les quartiers, mais simplement apprendre à se connaître, à se parler entre locataires, afin de pouvoir signaler une voiture ou un comportement suspects.»

Pour son collègue Philippe Cosandey, il n’y a clairement pas d’explosion de cambriolages violents avec séquestration. «Ces gens attendent généralement que les logements soient vides. Il arrive parfois que certains pénètrent durant le sommeil des occupants. Mais ce mode opératoire reste rare et les cas de séquestrations, comme à Bernex récemment, sont encore plus exceptionnels.»

«Que fait la police? »

Côté répression, les choses bougent. L’an passé, une task force avait même été créée pour endiguer une vague de cambriolages commis par des Géorgiens. Cette opération baptisée «Trésor»a même permis l’arrestation d’une cinquantaine de personnes. Mais si la police est sur le pied de guerre, elle n’a pas non plus de baguette magique.

«Nous arrêtons régulièrement des cambrioleurs, en flagrant délit ou après enquête», assure Patrick Pulh, porte-parole de la police genevoise. Mais le cambriolage simple restant un délit mineur, la législation ne permet pas d’emprisonner ces inculpés très longtemps. «Nous avons 24 h pour présenter les personnes interpellées à un officier de police et ensuite le juge a 48 h pour les entendre.»

Dans la plupart des cas, ils écopent d’une ordonnance de condamnation de quelques jours de prison. Une peine pouvant aller jusqu’à six mois, dans certains cas de récidives.

Mais une fois les jours effectués, ils ressortent libres. «En cas de butin important ou de cambriolage avec violence, par exemple, la personne passe en chambre d’accusation et sa peine préventive peut durer jusqu’à trois mois avant son jugement, ajoute le porte-parole. Pour les délits plus graves, ils sont incarcérés en préventive, jugés et ensuite généralement expulsés vers leur pays d’origine pour purger leur peine.»

Les lois suisses sont en effet beaucoup plus tolérantes que celles de nos voisins européens pour ce type d’infractions. Et notamment en ce qui concerne la récidive. En France, par exemple, la prison ferme est généralement requise dès la 2e interpellation.

Quant aux mineurs, les choses sont encore plus compliquées. En 2007 la police a interpellé 222 enfants de moins de 18 ans pour des cambriolages. En 2008, 168 mineurs ont été pris en flagrant délit. L’an dernier, probablement plus de 200 à nouveau, mais l’information n’est pas encore confirmée.

Pour l’interpellation de mineurs, la procédure diffère. «Lorsqu’un enfant de moins de 15 ans est arrêté, c’est le SPMI qui le prend en charge, explique Patrick Pulh. Ensuite, selon la gravité du cas, le SPMI peut se dessaisir et adresser le jeune au Tribunal de la jeunesse.»

A plus de 15 ans, ils sont directement déferrés devant le Tribunal de la jeunesse. «Une fois qu’ils ont été entendus nous les amenons dans un foyer où ils restent… bah, disons vingt minutes! A la moindre occasion, ils filent rejoindre leur clan. On ne peut pas les enfermer.»

Serrures et alarmes ont la cote

Les craintes d’un cambriolage, parfois excessives mais souvent légitimes, font exploser les ventes de serrures et d’ alarmes à Genève. «Il y a douze ans, je posais un ou deux systèmes par année, explique André Wernli, électricien à Plan-les-Ouates. C’était destiné à des gens aisés qui avaient des valeurs à protéger. Aujourd’hui, on m’en commande 2 à 3 par mois.»

Et c’est Monsieur et Madame Tout-le-monde qui s’équipe. Soit après avoir été victime d’un cambriolage, soit après avoir eu vent d’effraction chez des voisins, soit simplement parce que leur assurance le leur impose. «Certaines compagnies exigent parfois une alarme», assure André Wernli.

Les systèmes informatisés, à fil ou à infrarouges, coûtent de 3500 à 15 000 francs selon les besoins. «On sécurise par des capteurs de mouvements, des contacts sur les portes et les vitres. En cas d’effraction, l’alarme hurle sur place et appelle une centrale ou un numéro de téléphone prédéfini.»

Côté serrures, même constat d’évolution. «En 1995 il y avait 3 serruriers de garde 24 h/24 dans le canton, explique Pierre Dunand de la société DRAC à Perly. Aujourd’hui nous sommes six. On intervient en moyenne une dizaine de fois chacun par semaine suite à un cambriolage.»

Hormis les interventions d’urgence, les serruriers sont de plus en plus sollicités pour la pose de barres et de verrous. «Le risque zéro n’existe pas, reconnaît Pierre Dunand. Mais lorsque des cambrioleurs se retrouvent devant une porte avec une serrure simple d’origine et une autre avec un verrou ou une barre, ils cassent la plus simple.»

Source: Tribune de Genève

Stéphane
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